Mais qu’est-ce que la démocratie?

Comme tous les Québécoises et les Québécois nous croyons que les valeurs démocratiques sont les fondements de notre société et doivent régir nos institutions et les règles qui nous permettent de vivre ensemble harmonieusement et c’est à l’aune de ces valeurs que nous devons mesurer la qualité de nos pratiques sociales, collectives et de nos relations inter personnelles, interethniques et interculturelles.

La démocratie est un processus qui évolue dans le temps et l’espace, elle est le fruit de négociations permanentes sur les formes successives qu’elle revêt et les règles qui la régissent. Elle n’est pas univoque et doit résoudre en permanence les tensions qui l’habitent, entre libertés individuelles et  bien commun, centralisation et diffusion du pouvoir,  efficacité de la gouvernance et légitimité de la participation citoyenne.

Malgré tout, certaines valeurs démocratiques nous paraissent inaliénables, et nos institutions démocratiques doivent soutenir, pour tout citoyenne et citoyen, sans exception, l’exercice des droits fondamentaux propres à la vie démocratique, que sont les droits civils, les droits sociaux économiques et culturels, ainsi que les droits politiques.  Si d’un côté l’État démocratique favorise et soutient l’exercice des droits, les citoyennes et les citoyens responsables doivent contribuer à la construction de la nation.  L’exercice de ces droits suppose un état responsable et une citoyenneté active. C’est par le processus d’inclusion, d’intégration et de socialisation politique que tout citoyenne ou citoyen devient actif et exerce pleinement ses droits, quelle que soit son lieu de naissance ou son appartenance ethnoculturelle.

Que la citoyenneté soit acquise à la  naissance, ou obtenue plus tardivement,  l’intégration sociale repose sur un processus long et complexe. On ne naît pas «bon citoyen», on le devient. Pour les sociologues le processus d’intégration sociale, fait référence à deux réalités distinctes, soit «l’adoption de traits culturels de la société » et la «participation aux diverses instances de la vie sociale» (Schnapper, 2007, p. 13). Le développement de la personne et de son identité, l’acquisition de connaissances, l’assimilation de normes, de valeurs, d’attitudes propres à une culture font partie de cette première réalité;  la contribution des personnes au développement social et économique de la communauté, l’engagement civique, la  participation citoyenne et  politique font partie de la seconde réalité (Tremblay, 2008).

On peut considérer la «citoyenneté active» ou la «participation citoyenne» comme l’exercice des droits civils, sociaux et politiques, et des responsabilités qui y sont associées, par le biais de pratiques de participation, dans une grande diversité de lieux (associations, groupes), à différents niveaux (local, régional, national, international), processus par lequel un citoyen s’intègre à la communauté, développe son identité tout en contribuant au développement de la collectivité  (selon Jansen et al, 2006, p.196,  lui-même inspiré par Haahr’s, 1997).

Pour être un «bon citoyen», il faut donc détenir des connaissances, maîtriser des compétences et des habiletés, développer des attitudes et des valeurs favorables à la participation citoyenne. Ces compétences, ces habiletés et ces attitudes s’acquièrent tout-au-long d’une vie, à travers une diversité de situations et d’expériences. L’expérience de la vie associative,  du dialogue et de la délibération démocratique constitue l’un des aspects essentiels du processus de socialisation politique.

La démocratie résulte de la résolution historique de conflits et de paradoxes, elle est l’incarnation de valeurs, elle recherche l’affranchissement individuel et collectif et réside dans l’univers politique où se négocie perpétuellement le contrat social. Cette négociation doit s’enraciner dans l’exercice d’une citoyenneté active, ancrée, localisée.

La délibération est fondatrice de la démocratie, la démocratie est délibérative. Elle substitue la parole à la force, remplace le champ de bataille par une arène où la rhétorique départage les vainqueurs. L’arène des débats politique constitue le lieu où la parole se substitue à la violence.  La délibération se caractérise par une série d’échanges qui se déroulent dans le temps, elle repose sur la négociation d’enjeux, sur des interactions multiples qui s’élaborent dans une diversité d’espaces publics.  La véritable délibération démocratique permet l’émergence d’un consensus rejoignant l’ensemble des citoyennes et  des citoyens qui tous adhèrent à l’issue des débats.

RÉFÉRENCE

Jansen, T., Chioncel, N., et Dekkers, H. (2006). “Social Cohesion and Integration: Learning Active Citizenship.” British Journal of Sociology of Education, 27(2), p.196. Inspiré par :

Haahr, J. (1997). Nordic area citizenship study – Final report (accessible depuis http://ec.europa.eu/education/archive/citizen/copenhagen.pdf).

Schnapper, D. (2007). Qu’est-ce que l’intégration? Paris: Gallimard.

Tremblay, M. (2009). La prise de parole et l’apprentissage de l’action politique et démocratique des «personnes présentant une déficience intellectuelle». Nouvelles pratiques sociales.

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A propos Mireille Tremblay

Cheminement professionnel Psychologue sociale, membre de l’ordre professionnel des psychologues, Mme Tremblay a oeuvré pendant plus de vingt ans dans le réseau de la santé et des services sociaux au Québec, en tant que psychologue clinicienne d’abord, puis dans le domaine de la planification des services au niveau régional, avant d’occuper le poste de directrice générale de la Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience intellectuelle, puis celui de directrice de la recherche et de la qualité de services dans un Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de la région métropolitaine. Détentrice d’un doctorat en sciences humaines appliquées sur les conditions de la participation démocratiques dans le réseau de la santé et des services sociaux, complété en 2000, elle a poursuivi depuis sa carrière dans le domaine de la recherche et de l’enseignement. Elle a enseigné à l'Université du Québec à Trois-Rivières en communication sociale et en loisir, à l’Université de Sherbrooke en adaptation scolaire et à l’Université de Montréal au certificat en déficience intellectuelle avant d’assumer le poste de professeure en communication et relations humaines, au Département de communication sociale et publique de l’UQAM. Elle est personnellement engagée dans la mouvance démocratique au Québec. Elle est présidente de l’Association internationale de recherche sur le handicap mental (AIRHM), présidente de l’Observatoire québécois de la démocratie (OQD) et présidente du Forum sur la participation et l’organisation des services de santé et des services sociaux (FPOSSS). Champs d’intérêts et réalisation Sa programmation de recherche s’articule autour de la participation citoyenne, de l’éducation à la citoyenneté démocratique et de l’exercice des droits. Évaluation de la participation citoyenne et de l’engagement citoyen, développement des compétences civiques, gouvernance démocratique modalités de mobilisation, d’animation et de consultations publiques font partie de ses champs d’intérêt. Elle a publié plusieurs articles et coordonné des ouvrages collectifs portant notamment sur la gouvernance et la participation démocratique dans le réseau de la santé et des services sociaux et sur la participation sociale et l’éducation à la citoyenneté des personnes ayant un handicap ou des limitations fonctionnelles.

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